BON CHIC MAUVAIS GENRE #113: spéciale "Folies Hispaniques"

Publié le par Dr Devo

BON CHIC MAUVAIS GENRE #113: spéciale "Folies Hispaniques"

BON CHIC MAUVAIS GENRE, votre soirée mensuelle double-programme consacré au cinéma transgressif, rare, délirant et précieux –programmée amoureusement par les projectionnistes du cinéma Majestic de Lille- revient ce vendredi 2 décembre.

Avant l’arrivée des fêtes, pour ce dernier Bon Chic Mauvais Genre de cette année 2022, quoi de mieux que de se plonger dans deux films qui ont en point commun de se plonger dans la folie de l’âme humaine et de s’exprimer en espagnol !

Un parti-pris un peu tiré par les cheveux ? Et bien non curieusement car si les deux films sont différent, ils explorent les zones sombres de notre société, en mettant en exergue le pouvoir de la religion, des puissants  au détriment du faible !

A 18h20, nous redécouvrirons EL (aussi appelé TOURMENTS) de l’immense Luis Bunuel où un riche bourgeois possessif fait vivre l’enfer à sa femme !

Et à 20h15, nous verrons le délirant JOUR DE LA BÊTE de Alex De La Iglesia dans lequel un petit curé essaye de sauver Madrid, l’Espagne et le Monde du retour programmé de l’Antéchrist !

Vous ne connaissez pas ces film ? Alors , suivez le guide, nous allons vous expliquer tout ça, ci-dessous…

 

[Note du DrDevo: "Bon sang, ça a l'air sublime, non ?"]

18H20 : EL (TOURMENTS) (El) de Luis Bunuel – Mexique – 1953 – 91 min – VOSTF – copie numérique restaurée (dcp)

Avec : Arturo De Cordova, Delia Garcés, Aurora Walker, Varlos Martinez Baena, Manuel Dondé, Rafael Banquells …

Mexique, années 50… Francisco Galvan de Montemayor est un riche propriétaire foncier, issu d’une grande famille et respecté de toute la bonne société. Catholique fervent, il rencontre au cours d’une messe la belle Gloria Milalta. C’est le coup de foudre ! Mais la jeune femme est déjà fiancée.

Francisco n’en a que faire ! Il sait qu’il pourra la séduire et se marier avec elle, quoiqu’il en coûte. C’est pour lui le début d’un parcours infernal sur les chemin de la jalousie et de la paranoïa…

Il aura donc fallu 15 ans de Bon Chic Mauvais Genre pour, enfin, voir un film de Luis Bunuel, réalisateur immense et respecté à très juste titre, tant il a réalisé de films majeurs et puissants parmi lesquels LOS OLVIDADOS, TRISTANA, BELLE DE JOUR, LA VOIE LACTEE et LE CHIEN ANDALOU qui changea peut-être le cours de l’histoire du cinéma.

Pourtant, Bunuel représente tout ce que nous aimons à BCMG : un cinéaste iconoclaste, totalement libre et qui créé, parfois avec trois fois rien, des univers hallucinants, où rien n’est jamais totalement naturaliste, où l’impression du fantastique jaillit de manière cruelle et/ou absurde, même dans le quotidien le plus banal. C’est un univers souvent troublant, souvent cruel mais toujours teinté d’absurde, d’humour ou d’ironie.

EL n’est peut-être pas son film le plus connu du grand mais il est souvent cité par ceux qui l'ont vu comme un des plus  beaux films de son réalisateur.

L’histoire de EL est aussi simple que cruel. Il s’agit d’une descente aux enfers, d’un bad-trip dans les affres de la Jalousie. Francisco, le personnage principal, se dit fou d’amour, mais ne fera qu’enfermer physiquement et peut-être psychologiquement celle qu’il aime. Une histoire tristement banal, hélas, me diriez-vous.

Sauf qu’ici, par petites touches successives, ce n’est pas qu’une simple histoire de couple qui se dévoile, mais le portrait monstrueux de cet homme. Il n’est pas simplement fou ou jaloux : il est aussi puissant et il est l’incarnation même de son époque. Il est la Réussite. Il est la Justice. Il est le Droit et le phare morale de toute une société.

D’un point de départ aussi douloureux que banal (la jalousie), Bunuel trace un portrait globale de la société moderne où tout est lié : place des femmes, religion, justice, force, richesse.

EL ne devient jamais un pamphlet politique ou un laborieux discours pseudo-sociologique.

EL est au contraire un film passionnant et captivant. Décors soignés, soins du cadre  et du découpage, utilisation merveilleuse de la musique…. Tout est magnifique .

L’histoire, parfois très étonnante (cet ellipse au premier tiers du film ! Sublime !), toujours très bien écrite, s’innerve au fur et à mesure d’un suspens vénéneux. [Hitchcock était fou de Bunuel, et une scène ici prédit le futur VERTIGO]

Et le plus étonnant, le plus fou, c'est peut-être que ce film réalisé il y a 70 ans, bien plus moderne que bien des films contemporains (c’est peu de le dire !) résonne aujourd’hui, dans les années 2020, comme terriblement d’actualité : patriarcat, accumulation de la puissance, coalition (parfois sans s’en rendre compte) des élites, écrasement du faible (petits personnels, femmes, etc.).,etc. Tout y est !

EL est un immense film, beau et fou, cruel et passionnant  que Bunuel considérait parfois comme son meilleur film. A vous de juger, mais soyez sûr que vous serez étonné par ce film…

 

20H15 : LE JOUR DE LA BÊTE  de Alex De La Iglesia – Espagne – 1995 – 103 min – Interdit aux moins de 12 ans - VOSTF – copie numérique restaurée (dcp)

Avec : Alex Angulo, Armando De Razza, Santiago Segura, Terele Pavez, Nathalie Sesena, Maria Grazia Cucinotta, Gianni Ippoliti…

Espagne, années 90, le 23 décembre. Angel Berriartua, un petit prêtre  de province est plongée dans la plus grande des consternations :après des années d’étude et de travail pénible et acharné sur l’apocalypse de Saint-Jean, il parvient à la conclusion que l’Antéchrist doit apparaître deux jours plus tard, le jour de Noël, en plein Madrid, plongeant le Monde dans l’horreur et le chaos.

Seul au courant de la catastrophe à venir, le curé n’a plus d’autres choix que d’aller à Madrid et foncer tête baissée dans le pêché afin d’empêcher la venue du Malin. Il rencontre dans sa quête désespérée deux acolytes improbables : un fan de death metal pas très malin et un "medium", présentateur d’une célèbre émission de télé sur le paranormal…

Après le beau succès d’estime de ACCION MUTANTES, film de SF délirant, Alex De La Iglesia signe avec ce JOUR DE LA BÊTE un film tout aussi fou. Réalisé avec des moyens relativement modestes, le film n’en est pas moins dynamique et inventif, à commencer par son sujet et ses personnages. Un prêtre quasiment "inversé" qui forme un trio improbable avec un métalleux stupide et un présentateur de télé véreux, voilà une drôle d’équipe pour sauver le monde de affres de l’Enfer !

Et c’est sous ses aspects presque potache que De La Iglesia dresse, en parallèle, le portrait d’une Espagne moderne complètement détraquée où règne l’individualisme et la violence sociale. Les rues sont sales et mal famées, les familles sont ravagées (la mère du métalleux complétement folle ou encore le grand-père qui se ballade tout nu !), la télévision manipule les foules, etc…

Et là encore, comme dans EL, il est question du pouvoir. De La Iglesia critique le système médiatique, capable de faire croire au peuple le pires mensonges et les idées  plus stupides avec la plus grande des facilités. C’est cette télé corrompue qui a remplacé l’Eglise corrompue ! Et individuellement, ce n’est pas mieux. Les gens sont effrayés par tout ce qui est autre et sont enclin à croire une Vérité unique qui exclue tout autre forme d’expression ou de pensée !

C’est ce qu’on appelle un portrait au vitriol ! Et LE JOUR DE LA BÊTE, film de genre revendiqué, fait le bilan des comptes avec un sens de la férocité étonnant qui n’exclut pas l’absurde et la dérision.

En un mot comme en cent : c’est le film (frappadingue) parfait pour Noël !

 

Dr Devo.

 

 

Dress-code de la soirée (1 dvd à gagner pour le meilleur déguisement !): tout ce qui a rapport avec l'Espagne ou l'Amérique du sud, agent immobilier, prêtre, diable, antéchrist, démon, jeune marié(e), fétichiste, fan de métal (ou de rock en gégéral), présentateur télé, medium, grand bourgeois, musicien, Léon Zitrone  ou spectateur du Majestic. Les prix pour le concours de déguisement sont donnés au début de la deuxième séance !

Réservations possibles dés le mardi 29 novembre à la caisse du Cinéma Majestic à Lille ou sur le site ugc.fr. Soirée proposée par le site Matière Focale.com, le magazine Distorsion et les projectionnistes du cinéma Majestic. Tarifs: 14 euros les deux films  (réservations pour ce tarif uniquement en caisse du Majestic) / 1 film aux tarifs habituels.

Les cartes UGC illimitées fonctionnent pour les deux films !

Invitez vos amis via la page-évenement facebook de la soirée: cliquez ici !

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Prochain BON CHIC MAUVAIS GENRE: le vendredi 6 janvier 2023, spéciale Bertrand Blier.

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