BON CHIC MAUVAIS GENRE #108 : spéciale "Burning Down The House !"

Publié le par Dr Devo

[Affiche réalisée par Lammakian Samsenesena]

[Affiche réalisée par Lammakian Samsenesena]

BON CHIC MAUVAIS GENRE, votre soirée mensuelle double-programme consacrée au cinéma transgressif, rare, délirant et précieux –programmée amoureusement par les projectionnistes du Majestic- revient ce vendredi 13 mai au cinéma Majestic de Lille.

L’équipe de Bon Chic Mauvais Genre n’est pas du genre à se rouler par terre en geignant "c’était mieux avant", "le cinéma est mort", ou encore «"tous les films se ressemblent, au secours, les films sont tous standardisés, on vit dans une société !"

Non, nous l’avons toujours dit, des films très bons voire tout à fait excellents, il y a encore beaucoup, et notre plaisir de cinéphage/cinéphile exigeant est encore rassasié !

Par contre, nous remarquons quand même que ces excellents films récents soit suivent des schémas déjà connu, soit s’amusent et détournent les codes du genre, en les remettant au goût du jour. Ne soyons pas ronchon : un très bon reste un très bon film, et ces films nous rendent heureux. Mais…

..nous voulions rendre hommage à deux films "récents" qui eux nous ont proposé des univers tout à fait originaux et inédits. Qui plus est, ces films, pas forcément aimables au premier regard (mais très généreux au final, vous le verrez) ne ressemblent à rien et plus encore ne ressemble à rien de connu. Les années 2010/2020 peuvent aussi mettre au monde des films ahurissants et totalement originaux.

Voilà pourquoi nous vous proposons ces deux films superbes qui ont pour points communs de se dérouler dans une maison (en tant que bâtiment et aussi en tant que foyer), de proposer un espèce de faux huis-clos et de jouer avec la notion de temps pour nous offrir la découverte d’un univers étrange et stupéfiant !

Nous commencerons à 18h15 avec A GHOST STORY de David Lowery qui nous raconte une histoire de fantôme et de deuil, d’un point de vue à la fois intime, personnel et complétement cosmique en même temps.

A 20h15, nous enchaînerons avec MOTHER ! réalisé par Darren Aronofsky. A travers cette histoire de couple et de création artistique, Aronovsky dont, soyons honnêtes, on apprécie assez peu le travail à Bon Chic Mauvais Genre, a signé un film HA-LU-CI-NANT, très courageux, très beau, très impressionnant.

En bref , voilà deux films extrêmement originaux, récents, et qui ont pour point commun, il faut bien le dire, d’avoir bien diviser le public quand ils sont sortis. C’est l’occasion, quelques années après de redécouvrir ces films en toute sérénité et avec un plaisir non-corrompu par les polémiques…

Si vous connaissez pas ces deux films, on va tout vous expliquer ci-dessous. Suivez le guide…

18H15 : A GHOST STORY de David Lowery – USA – 2017 – 92min – VOSTF – copie numérique (dcp)

Avec : Rooney Mara, Casey Affleck, McColm Cephas Jr, Kenneisha Thompson, Grover Coulson, Liz Cardenas, David Lowery…

USA, de nos jours. Un jeune couple vit une vie tranquille dans une petit maison d’une banlieue paisible d’une petite ville américaine.

Ils coulent des jours heureux. Hélas, le mari meurt dans un accident. Le voilà apparaissant sous un drap blanc, condamné à "hanter" sa maison, c’est à dire à observer sa femme essayant de faire son deuil en témoin invisible et muet…

Alors oui, en lisant ce résumé, difficile de croire que se cache sous ses phrases anodines un des films les plus originaux récents. A GHOST STORY a, en effet, une histoire (de base) assez simple, mais il se cache derrière un dispositif singulier et ambitieux. D’abord, il y a ce choix artistique étrange concernant le fantôme du film qui apparait, comme on peut le voir sur l’affiche, comme une silhouette caché sous un long drap dans lequel ont été découpé deux grands trous pour figurer les yeux ! Oui, le fantôme de A GHOST STORY ressemble à un fantôme classique qu’on croirait tiré d’un vieux dessin animé. Muet et (presque) impuissant à communiquer, il est condamné à être le témoin et le voyeur du temps qui passe…

Mais, n’allez pas croire que le film se veut ironique ou que David Lowery veuille faire son petit malin "méta". Il n’en est rien. A GHOST STORY est avant un tout un film à la mise étonnante et très travaillé.

David Lowery construit son film patiemment, via une mise en scène précise qui ne cherche pas à séduire à tout pris son spectateur et l’incite même à se défaire de ses habitudes. Bien que le film soit totalement prenant, le rythme est ultra posé (plus ou moins en fait, mais je ne peux vous en dire plus sans spoiler). Lowery fait lui-même un montage précis, qui tire élégance et puissance d’une mise en scène épurée mais jamais séche. Le cadre est magnifique, souvent composé de plans fixes déroutants et magnifiquement cadrés, où les jeux sur la photographie, jamais ostentatoires (ou presque), peuvent rendre aux scènes les plus banales une allure incroyablement fantastique. Notons aussi de très beaux et parcimonieux mouvements de caméra, dont certains simplement magnifiques, viennent mettre encore plus en valeur un film dont Lowery a eu le courage d’imposer le format 1.33 (format carré).

Bref, tout est superbe. Le rythme du film nous cueille avec poésie et sentiment, et sans s’en rendre compte, on dépasse le simple sujet de départ (déjà passionnant) pour atteindre des proportions fabuleuses et cosmiques qui nous prennent merveilleusement à revers. (Là encore difficile de vous en dire plus sans gâcher votre séance à venir !)

A GHOST STORY est un film au dispositif fort, très bien pensé qui diffuse une étrange forme de lyrisme et dont la portée hallucinante nous émeut et nous surprend au plus haut point. Bref, c’est bon, mangez-en !

 

 

20h15 : MOTHER! de Darren Aronofky – USA/Canada – 2017 – 122 min – Interdit aux moins de 12  ans -VOSTF – copie numérique restaurée (dcp)

Avec: Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Michelle Pfeiffer, Ed Harris, Brian Gleeson, Domhnall Gleeson, Jovan Adepo, Stephen McHattie…

Une couple vit à la campagne dans une grande maison, complétement isolée. Lui (Javier Bardem) est écrivain. Son précédent livre a été un succés critique et public. Elle (Jennifer Lawrence) est de vingt ans sa cadette. Très amoureuse, elle est aussi inquiète car son écrivain de mari a bien du mal à trouver l’inspiration pour son nouveau roman. Elle s’occupe, en attendant, en rénovant la maison.

Mais, cette routine est brisée lorsqu’un homme (Ed Harris) sonne à la porte prenant la maison du couple pour une autre…

Il y a quelques années, lors de la sortie sur les écrans de MOTHER!, le moindre que l’on puisse dire c’est que le film a divisé clairement le public, et plutôt fâché la critique. Voilà qui est étonnant, Darren Aronofsky étant quand même un réalisateur très apprécié par les deux camps.

Maintenant que le temps a passé, BCMG redonne sa chance à MOTHER!

Bon dieu que c’est étonnant ! Faux huis-clos (comme A GHOST STORY d’ailleurs), MOTHER! démarre par une chronique certes matinée de fantastique, mais intime de la vie d’un couple. Le premier élément perturbateur sera l’arrivé de Ed Harris. A partir de là, le film prend une teneur oscillant entre le grotesque et le malaisant. Il sera en tout cas difficile de ne pas dévoyer le sujet : le film repose sur un principe tout simple mais qu’on ne peut spoiler (désolé), ici magnifiquement mis en place par Aronofsky.

Nous n’étions pas très fan du réalisateur, mais il faut bien admettre que Aronofsky a mis au monde ici un film hallucinant, très bien écrit, duquel ressort un sentiment de suspens torve et étrange. Le réalisateur a fait preuve d’un courage merveilleux : MOTHER! n’est pas un film aimable, ne cherche pas à être sympathique et il se déploie avec un sentiment assez hystérique de fureur.

Saluons aussi le courage des deux acteurs principaux. Jennifer Lawrence (omniprésente dans le film) a accepté un rôle dure et ingrat, tâche qu’elle porte de manière magnifique. Le portrait de femme qu’elle compose sous la direction de Aronofsky est d’une grande violence morale et sociale. Elle sera le paillasson sur lequel la Société entière va s’essuyer les pieds constamment, que ce soit dans les humiliations du quotidien comme dans les drames les plus apocalyptiques.

Du côté du personnage de Javier Bardem, c’est tout aussi surprenant. Tout d’abord Bardem est impeccable dans un rôle pas forcément naturaliste, mais où il a su mettre une violence symbolique remarquable, parfois dans des petits détails (mouvements anodins du crops, axe du regard, etc.). Il faut dire que là aussi, le rôle est merveilleusement écrit et permet à Aronofsky  de dresser un portrait de l’Art et des artistes en totale opposition avec la manière dont on traîte d’habitude le sujet. Le monde de la création artistique, qu’on décrit d’habitude avec des poncifs toujours plus ou moins romantiques, est ici le théâtre de la plus abjecte violence, des sentiments les plus humiliants, allant toujours au plus pourri et au plus dégueulasse. On tombe de son fauteuil devant une description aussi nihiliste du Monde !

Et si MOTHER!, avec son beau scénario, sa mise en scène efficace (parfois bien rentre-dedans), avec son décor et sa direction magnifique, parlait de tout à fait autre chose. A force de petits détails (l’évier, le verre cassé, la surenchère matérielle), à force de petites touches sociales insupportables de mépris de l’autre, le sujet du film dépasse certainement le portrait de cette femme malmenée et de cet écrivain égomaniaque. Il décrit finalement une Société vide de sens et d’empathie, un monde post-apocalyptique sans catastrophe nucléaire ou règlements de compte à la MAD MAX, où les batailles les plus sanglantes et sans foi ni loi ne se livre pas à coups de batte de fer barbelé dans un désert australien ou vrombissent les buggies trafiqués à la nitroglycérine, mais plutôt dans le calme feutrée de notre salon.

Voilà qui fait de MOTHER ! un des films les plus étonnants et originaux de ces dernières années !

(Signalons, un casting impeccable avec aussi un Ed Harris encore une fois impeccable et une Michelle Pfeiffer survoltée et précise comme un scalpel !)

Dr Devo.

 

Dress-code de la soirée (1 dvd à gagner pour le meilleur déguisement !): tout ce qui a à voir avec les Arts et les artistes, chirugien, docteur, homme/femme de ménage, fantômes/esprits en tout genre, patissier/cuisinier, fan hystérique, supporters, Valérie Damidot ou spectateur du Majestic. Les prix pour le concours de déguisement sont donnés au début de la deuxième séance !

Réservations possibles dés le mardi 9 mai à la caisse du Cinéma Majestic à Lille ou sur le site ugc.fr. Soirée proposée par le site Matière Focale.com, le magazine Distorsion et les projectionnistes du cinéma Majestic. Tarifs: 14 euros les deux films  (réservations pour ce tarif uniquement en caisse du Majestic) / 1 film aux tarifs habituels.

Les cartes UGC illimitées fonctionnent pour les deux films !

Invitez vos amis via la page-évenement facebook de la soirée: cliquez ici !

Retrouvez BON CHIC MAUVAIS GENRE sur Twitter !

Prochain BON CHIC MAUVAIS GENRE: le 3 juin 2022, spéciale "HEY BRUCE !" (spéciale cinéma australien).

Découvrez le travail de Lammakian Samsenesena (qui réalise les affiches de Bon Chic Mauvais Genre) en cliquant ici !

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E
maintenant les livres, si le motif est une manifestation de sagesse
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