BON CHIC MAUVAIS GENRE #107: spécial Frères Coen

Publié le par Dr Devo

[affiche réalisée par Lammakian Samsenesena]

[affiche réalisée par Lammakian Samsenesena]

BON CHIC MAUVAIS GENRE, votre soirée mensuelle double-programme consacré au cinéma transgressif, rare, délirant et précieux –programmée amoureusement par les projectionnistes du cinéma Majestic de Lille- revient ce vendredi 1er avril.

Cronenberg, Carpenter, Romero, Guy Maddin, Joe Dante.. Ils sont nombreux les grands réalisateurs dont on a écumé, aux fils des Bon Chic Mauvais Genre, la filmographie. Parmi les rares qui n’ont pas eu la chance d’être programmés, il y a pourtant les frères Coen. Cet état de fait est scandaleux et nous vous proposons ce soir, de réparer cette erreur avec deux films des célèbres frangins !

A 18h15, vous pourrez (re)découvrir A SERIOUS MAN comédie noire très peu citée par les cinéphiles qui apprécient les Coen. Et pourtant, ce film est formidable et se classe dans le haut du tableau. On y suit un petit prof de fac, juif, qui se retrouve noyé dans les problèmes les plus catastrophiques en quelques jours ! Toute la misère du Monde lui tombe dessus. Saura-t-il trouver le salut ?

A 20h30, nous verrons l’incroyable premier film des Coen, BLOOD SIMPLE (qui s’appelait à l’époque SANG POUR SANG) que nous vous présenterons en director’s cut. Ce thriller, basé sur un vulgaire triangle amoureux est un film complétement détonnant, rempli de trouvailles de mise en scène. Les frangins ont poussé la situation dans ses retranchements jusqu’à rendre le film complétement fou et prenant. Un vrai délire macabre !

Alors, si vous ne connaissez pas ces deux films, ne vous affolez pas et suivez le guide…

18H15 : A SERIOUS MAN de Ethan et Joel Coen – USA– 2010 – 106 min – VOSTF – copie numérique (dcp)

Avec : Michael Stuhlbarg, Fred Melamed, Richard Kind, Jessica McManus, Sari Lennick, Aaron Wolff, Michael Lerner…

Larry Gopnik est un homme sans histoire. Professeur de physique dans une petite fac d’une ville moyenne du Midwest, il voit sa vie s’écouler devant lui sans conséquence. Soudain tout bascule : sa femme le quitte pour un de ses collègues plus en vue, Sy Abelman, aussi imposant physiquement qu’obséquieux et condescendant. Côté travail, il semble que la promotion qu'il attend soit mise en péril : sa fac reçoit des lettres anonymes le dénigrant ! En plein désarroi devant le spectacle de sa vie en train de s’écrouler, Larry décide alors de chercher de l’aide, notamment auprès de son rabbin… Mais ce n’est que le début et les choses continuent de dégénérer…

Alors, il faut bien le dire, A SERIOUS MAN n’est pas le premier titre qui vient à l’esprit quand on évoque les meilleurs films des frères Coen. Pour une raison étrange, le film est peut-être un de ceux qui a le moins marqué les esprits. C’EST UN SCANDALE !

A SERIOUS MAN est un film drôle et merveilleux, mais faites attention : c’est d’une noirceur tenace ! On se reconnaitra sans doute un peu tous dans le personnage de Larry Gopnik. Les Coen savent dresser le portrait de braves gars malmenés par les circonstances et/ou la Société. Il y en a plein leurs films, et ici comme dans ces autres films, les deux frangins font toujours preuve de délicatesse et d’un humanisme doux-amer pour les décrire.

La différence ici, c’est que le pauvre héros de A SERIOUS MAN se prend en pleine figure TOUS les malheurs et les problèmes possibles ! Les soucis s’abattent sur lui en une véritable tornade (tornade qui est présente dans le film d’ailleurs), mais il veut essayer de comprendre ce qui lui arrive.

Cette cascade d’événements dramatiques est très drôle et se résume en une phrase : "Pile : je gagne ! Face : Tu perds !" L’autre intérêt est que le film se passe presque uniquement dans la communauté juive ce qui en fait un des films les plus intimes des frères Coen, mais qui le raccroche aussi à une autre histoire très connue : celle du Livre de Job dans l’ancien testament. Et c’est le talent souvent génial des Coen : ce petit gars de rien du tout là, que vous ne reconnaitriez pas même si vous les croisiez tous les jours, est en train  d’incarner à 100% un drame mythique/biblique d’une densité apocalyptique. Sa souffrance, c’est la nôtre. Au plus intime.

Malgré tout, comme je le disais plus haut, c’est incroyablement drôle. Il faut dire que le casting, où ne figure quasiment aucune tête connue du grand public (ce qui n’est pas le cas en général chez les frères Coen), est sublime ! Michael Stuhlbarg est formidable et Fred Melamed (l’amant, qu’on avait vu le mois dernier dans BONE TOMAHAWK) est hallucinant de suffisance et de manque d’empathie.

L’écriture ciselée, le sens du timing font le reste. Malgré un sujet loin des envolées lyriques de BARTON FINK, TRUE GRIT ou ARIZONA JUNIOR, la mise en scène reste ultra-soignée et inventive, la photo est superbe, le son est volontiers espiègle.

En bref, c’est un des grands films des frères Coen et il est temps de le sortir de son relatif anonymat. De l’introduction magnifique, tragique et drôle jusqu’au final hallucinant sans en avoir l’air (écoutez bien les toutes dernières répliques) A SERIOUS MAN est un film bouleversant et superbe.

Un dernier point : allez voir la bande annonce sur internet. C’est simplement une des quatre ou cinq plus belles bandes annonces du Monde !

 

20h30 : BLOOD SIMPLE (Sang Pour Sang) de Joel et Ethan Coen – USA – 1984 – director’s cut- 97 min – VOSTF – Interdit aux moins de 12 ans - copie numérique  (dcp)

Avec: Frances McDormand, John Getz, Dan Hedaya, M. Emmet Walsh, Samm-Art Williams, Deborah Neumann, Raquel Gavia…

USA, Texas, début des années 80. Marty est le riche gérant d’un bar à strip-tease. Il soupçonne son épouse, Abby de le tromper avec Ray, un de ces barmen. Il engage donc un étrange détective privé, Visser, qui prouve l’adultère.

Abby, fou d’une rage froide, demande à Visser, d’éliminer Abby et Ray. Mais Visser a un autre plan en tête et rien ne va se passer comme prévu. Cette situation vous semble bien glauque ? Détrompez-vous, ce n’est que le début : tout va dégénérer de manière bien pire encore…

Il faut imaginer la claque qu’a été pour les cinéphiles, la découverte de BLOOD SIMPLE (sorti sous le titre SANG POUR SANG à l’époque), le premier films des frères Coen qu’on ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam.

La trame de l’histoire est à la fois simple et intemporel : le triangle amoureux aux conséquences funestes. Mais les frères Coen donnent à cette histoire qu’on a déjà vue ailleurs une dimension complétement folle où chaque action, pourtant simple, semble avoir des conséquences cataclysmiques.

L’astmosphère est tout d’abord saississante. Cette petite ville du Texas, quoique moderne, semble crouler sous la poussières et la crasse. Un sentiment renforcé par les nombreuses scènes de nuit, entrecoupées ça et là de séquence en plein jour mais qui nous dévoile un paysage triste fait de zones commerciales banales et de motels "cheap". Mais c’est par l’écriture ultra ciselée du scénario et par le sens du rythme que les Coen donnent une force inouïe au film. Un rythme langoureux, tout en slowburn qui donnent l’occasion, à toutes les scènes, même les plus banales, de déployer une intensité fabuleuse. Pas de débrayage brutal ici, le film accélère son rythme petit à petit sans qu’on s’en rende compte, et au final, c’est un sentiment terrible, terrifiant presque d’inéluctable qui envahit le spectateur, seul témoin des catastrophes à venir.

Les personnages sont eux aussi piégés. Plus le film avance, plus les mots qu’ils prononcent se vident de sens. Ha ça oui, ça discute, mais pour dire quoi ? C’est là que le spectateur comprend le drame mythique qui se joue : aucun des personnages ne connait la vérité, tout n’ont qu’un vision parcellaire de la situation et leur difficulté à communiquer rend toute chance de rédemption ou de solution strictement impossibles. Seul le spectateur, lui, sait ce qui se passe (au prix d’un suspens éprouvant de tous les instants). Les personnages, noyés dans la confusion générale, semblent pris comme des astres sombres s’éloignant de plus en plus les uns des autres, dévoilant un sentiment de solitude absolue, presque cosmique. Les pièces du puzzle elles aussi se dispersent de plus en plus, perdent toute chance d’être réunies. BLOOD SIMPLE révèle alors ce qu’il est : une Tragédie avec un grand T dévoilant la malhonnêteté des hommes.

Si le film est si puissant c’est aussi à cause d’un casting assez resserré mais tout à fait impeccable. Les quatres protagonistes sont tous formidables, chacun dans leur registre. Et il y a bien sûr cette mise en scène truffée d’idées simples mais puissantes, faites de mouvement de caméra inventifs (le travelling le long du bar, plan très drôle et magnifique au début du film), de cadrages délicats qui montrent l’action autant qu’ils ne la cachent, et d’un montage alerte et plutôt rigoureux qui donne encore plus de puissance au rythme. La photographie, signée Barry Sonnenfeld, souvent faîte de grand à-plats de lumière, est merveilleuse et fait beaucoup pour l’efficacité et l’atmosphère si spéciale du film.

Bref, vous l’aurez compris, BLOOD SIMPLE, premier film pourtant,  est un véritable chef d’œuvre et le voir au cinéma sur un bel et grand écran est une chance merveilleuse. C’est bon. Mangez-en.

 

Dr Devo.

 

Dress-code de la soirée (1 dvd à gagner pour le meilleur déguisement !): tout ce qui a à voir avec les USA, le Texas, le monde des malfrats, la religion, les motels, les catastrophes naturelles ou le western, ou Sacha Distel ou spectateur du Majestic. Les prix pour le concours de déguisement sont donnés au début de la deuxième séance !

Réservations possibles dés le mardi 29 mars à la caisse du Cinéma Majestic à Lille ou sur le site ugc.fr. Soirée proposée par le site Matière Focale.com, le magazine Distorsion et les projectionnistes du cinéma Majestic. Tarifs: 14 euros les deux films  (réservations pour ce tarif uniquement en caisse du Majestic) / 1 film aux tarifs habituels.

Les cartes UGC illimitées fonctionnent pour les deux films !

Invitez vos amis via la page-évenement facebook de la soirée: cliquez ici !

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Prochain BON CHIC MAUVAIS GENRE: le 6 avril 2022, spéciale théma "Ces films récents sont très importants mais pourraient vous énerver".

Découvrez le travail de Lammakian Samsenesena (qui réalise les affiches de Bon Chic Mauvais Genre) en cliquant ici !

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B
en partenariat avec la revue Distorsion
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D
Les possibilités de chaque réalisateur sont toujours agréablement émerveillées, tant par la compétence que par le talent.