BON CHIC MAUVAIS GENRE #103: "1 Héroïne pour 2 Films" (spécial Barry Gifford)

Publié le par Dr Devo

[Affiche réalisée par Lammakian Samsenesena]

[Affiche réalisée par Lammakian Samsenesena]

BON CHIC MAUVAIS GENRE est votre soirée double programme consacré au cinéma transgressif, délirant, rare et précieux – programmée par les projectionnistes du cinéma Le Majestic de Lille en partenariat avec la Distorsion. Nous revenons ce vendredi 3 décembre pour une soirée double-programme à double thématique. Je m’explique…

Avant de travailler avec David Lynch (dont il co-signera le scénario de LOST HIGHWAY), l’écrivain Barry Gifford écrit deux livres dans le même univers. Il s’agit d’abord de SAILOR ET LULA dont Lynch tombe sous le charme. Dans le film et le livre, nous croisons un personnage décisif Perdita Durango auquel Gifford consacrera aussi un livre éponyme. Vous l’aurez compris cette soirée est donc un hommage au personnage de Perdita Durango et à l’écrivain Barry Gifford !

Et si vous ne connaissez ni l’un ni l’autre, on va tout vous expliquer ci-dessous. Suivez le guide...

 

17H45 : SAILOR ET LULA (Wild At Heart) de David Lynch – USA – 1990 – Interdit aux moins de 12 ans - 125min – VOSTFR- copie numérique (dcp).

Avec : Nicolas Cage, Laura Dern, Willem Dafoe, J.E Freeman, Crispin Glover, Diane Ladd, Isabella Rossellini, Harry Dean Stanton, Grace Zabriskie, Sherilyn Fenn, John Lurie, Jack Nance, Frances By, Sheryl Lee...

L’amour éperdue que se vouent Sailor et Lula n’est pas du goût de Marietta, la mère de la jeune fille qui envoie un tueur à gages assassiner Sailor. Ce dernier en réchappe mais tue son agresseur et se retrouve en prison. Quand Sailor est libéré deux ans plus tard, le couple, plus amoureux que jamais, n’a qu’une obsession : prendre la route, s’enfuir le plus loin possible et échapper à l’influence maléfique de Marietta…

Bien qu’il ait reçu la Palme D’or, SAILOR ET LULA n’a pas déclenché l’euphorie lors de sa présentation au festival de Cannes. Dans le temple sacré du cinéma "d’auteur", le film est décrit comme superficiel et tapageur, et pour beaucoup, c’est une faute de goût !

Il n’empêche que le film, s’il surprend même certains fans du réalisateur, est superbe. En adaptant le roman de Barry Gifford, David Lynch se réapproprie complètement le matériau. Deux traits se dégagent avec force. Tout d’abord, SAILOR ET LULA est un road-movie, sans doute, mais encore plus un road-movie statique ! Ce que fuit les deux amants, ce n’est pas seulement la violence et la crasse d’un monde sans foi ni loi, mais la mort et l’arrêt du mouvement. S’ils s’arrêtent, c’est la fin. Voilà un étrange concept (le road-movie qui menace de devenir statique, donc) qui insufflent au film une atmosphère saisissante et ce d’autant plus que décors et repérages sont superbes.

Et puis, il faut aussi souligner que le film réutilise et reforge des symboles de la pop culture de manière singulière et très personnelle. Ce qui a pu apparaître comme clinquant voire ridicule à l’époque est en fait une réappropriation sincère et très (très) premier degré de ces symboles (notamment LE MAGICIEN D’OZ, auquel il est fait constamment référence). Lynch, même dans son ahurissant final (notamment le générique de fin) forge une histoire qui ne cherche pas le kitsch mais célèbre au contraire l’Amour et la Passion sans condition dans un monde d’une totale cruauté , d’une insupportable violence et dune injustice constante.

Comme d’habitude chez Lynch, la mise en scène est superbe : son, musique, cadrage, montage (ces magnifiques fondues enchaînées!), photographie… Tout est magnifique.

Rajoutez là-dessus un casting complètement fou où beaucoup de talents merveilleux s’expriment notamment une Diane Ladd survoltée, Dafoe, Dean Stanton, le toujours génial Crispin Glover… ...et dans le rôle de Perdita Durango : Isabella Rossellini !

20H15 : PERDITA DURANGO de Alex De La Iglesia– Espagne/USA – 1997 – 112min – Interdit aux moins de 16 ans – version « director’s cut » -copie numérique (dcp).

Avec : Rosie Perez, Javier Bardem, Harley Cross, Aimee Graham, James Gandolfini, Screamin’ Jay Hawkins, Demian Bichir, Alex Cox….

Perdita Durango est une femme à poigne qui ne mâche pas ses mots et ne se laisse jamais marcher sur les pieds. En errance à la frontière mexicaine, elle fait la rencontre de Romeo Dolorosa, malfrat, braqueur de banque et sorcier. Ils tombent amoureux. Alors qu’ils viennent de kidnapper un jeune couple de touristes américain, Romeo se voit confier une affaire par un important parrain de la mafia locale : acheminer un camion réfrigéré rempli de fœtus congelés vers les USA ! Commence alors un road trip délirant et violentissime parsemé d’embûches...

Quelques années après SAILOR ET LULA, c’est au tour de Alex De La Iglesia d’adapter un roman de Barry Gifford avec PERDITA DURANGO dont Gifford lui-même est le co-scénariste. Si les deux romans se passent dans le même imaginaire, les deux films sont plutôt des univers parallèles !

Le ton de PERDITA DURANGO n’a rien à voir, malgré des thèmes en commun, avec le film de Lynch, et c’est peu de le dire.

De La Iglesia n’y vas avec le dos de la petite cuillère. Il impose une vision non seulement noirissime de son univers mais, encore plus, totalement inversé ! Le ton est résolument hardboiled : aucun personnage n’est vraiment positif, et au contraire, la traîtrise, la ruse, la violence et la méchanceté innervent cet univers qui semble la copie inverse et totale de notre monde (ou pas!). Sexe, agressions, loi du plus fort toujours injuste, incompétence, broyage des faibles sur l’autel du gore et de la bêtise, tout y passe et De La Iglesia plonge son spectateur dans ce grand-huit infernal avec, paradoxalement, pas mal d’humour, faisant fi de la logique traditionnelle hollywoodienne. On est toujours surpris par la succession grandiloquente des événements mais une chose est sûre : ce qui va arriver sera pire que ce qu’on vient de traverser !

Le film est donc très survolté, volontiers fantasque, voire même picaresque. De La Iglesia prend très au sérieux son film -là aussi, c’est un paradoxe – s’implique beaucoup et sort enfin du côté potache (mais sympathique) de ses précédents films. Car il y a du fond dans ce film, et à notre grande surprise, notamment à travers Perdita et Romeo couple d’antihéros absolus. Nous sommes aussi touchés par les rares et furtifs moments où parfois les personnages arrivent à interagir de manière humaine, à se rencontrer pendant quelques brèves minutes ou secondes. Et n’est-ce pas là finalement un point commun avec SAILOR ET LULA où un couple amoureux et (presque) pur se débattaient dans un monde d’une cruauté sans fin. On pense bien sûr ici au jeune couple kidnappé qui contrairement à Sailor et à Lula comprennent très peu de chose, ne peuvent pas lutter et sont complétement hébétés par ce qui leur arrive (Haley Cross et Aime Graham ont été très critiqués pour leur interprétation du jeune couple, mais ils sont formidables!). Mais bizarrement, n’y aurait-il pas chez Perdita Durango et Romeo Dolorosa une étrange forme d’humanité dans le Mal , un lien vicieux et vicié mais aussi sincère ?

PERDITA DURANGO est un grand film dans la carrière de De La Iglesia. Outre Rosie Perez et Javier Bardem (vraiment formidables) on retrouve toute une palette de personnages soignés : James Gandolfini superbe en flic loser mais tenace, affublé du réalisateur anglais Alex Cox (SID ET NANCY, REPO MAN) en flic stupide et le chanteur Screamin’ Jay Hawkins, lui aussi très en forme !

C’est bon, mangez-en !

Dr Devo.

 

Dress-code de la soirée (1 dvd à gagner pour le meilleur déguisement !): teenagers américains, mère schizophrène, tueur à gage, malfrat, flic, agent du FBI, touriste, tout ce qui a à voir avec le Mexique, sorcière, shaman, cannibale, baron de la drogue, clochard, gardien de prison, prisonnier, Elvis Presley ou spectateur du Majestic. Les prix pour le concours de déguisement sont donnés au début de la deuxième séance !

Réservations possibles dés le mardi 30 novembre à la caisse du Cinéma Majestic à Lille ou sur le site ugc.fr. Soirée proposée par le site Matière Focale.com, le magazine Distorsion et les projectionnistes du cinéma Majestic. Tarifs: 14 euros les deux films  (réservations pour ce tarif uniquement en caisse du Majestic) / 1 film aux tarifs habituels.

Les cartes UGC illimitées fonctionnent pour les deux films !

Invitez vos amis via la page-évenement facebook de la soirée: cliquez ici !

Retrouvez BON CHIC MAUVAIS GENRE sur Twitter !

Prochain BON CHIC MAUVAIS GENRE: le 7 janvier 2022.

Découvrez le travail de Lammakian Samsenesena (qui réalise les affiches de Bon Chic Mauvais Genre) en cliquant ici !

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